CHAPITRE 1 : LA VILLE MONDE
R Aïsa arracha l’avis de recherche placardée contre la porte de la taverne, après quoi elle la froissa vigoureusement et la fourra dans l’une des nombreuses poches que comptait son pantalon de toile, déchiré en plusieurs endroits. Surpris, le gérant du bar, le bien nommé Gégé, fit à la jeune fille, non sans continuer à essuyer ses chopes : « Je croyais que plus ton visage apparaissait dans des avis de recherche, plus tu aimais ça. _ Pour 2000 mins je ne pourrais même pas m’acheter des vêtements neufs, répliqua Aïsa, je vaux plus que ça… Je me demande comment tu fais pour arriver à vivre ici bas. _ Ho tu sais, ria Gégé en s’assurant que l’unique autre client de la taverne ne les écoutait pas, il est facile de saouler les soldats impériaux qui passent parfois ici. Ils ne savent pas très bien compter alors une fois bourré, je ne te dis pas les pourboires ! Ha c’est sûr, il n’y en a pas beaucoup, mais quand il y en a… » Aïsa s’assit au bar et s’amusa à faire rouler une cacahouète sur le comptoir. La taverne Chez Gégé était un vieux bâtiment à trois étages typique des bas quartiers d‘Yria, comprenant le bar au rez-de-chaussée, la maison du gérant au premier et la réserve de boissons alcoolisées au grenier. La plupart de ses meubles, généralement en bois grossier, avaient plus d’un demi siècle d’âge. Gégé les tenant de son père, qui les tenait lui même de son père. « Ta mère va mieux ? » s’enquit le barman. Aïsa envoya valser sa cacahouète d’une pichenette bien placée. Elle ricocha contre le mur d’en face et alla se loger dans un verre posé sur un portoir dans un « ding » sonore. « Justement non, fit la voleuse d‘un ton monocorde, sa maladie gagne du terrain et à se rythme là, je crains le pire pour les jours à venir… _ Ha merde Azaïga ! T’aurais pas pu me le dire ? La tuberculose coure ses temps-ci, je t’aurais prêté de l’argent si j’avais su ! Pourquoi m’as-tu dit que c’était une simple bronchite ? _ Je ne voulais pas que tu t’inquiètes, et encore moins que tu nous prêtes de l’argent pour qu’on puisse voir un médecin. _ Trop tard c’est fait ! Je vais me faire un sang d’encre maintenant avec ça ! Attends, ne bouges pas, je dois bien avoir des médicaments là haut… » Aïsa bondit de son tabouret et frappa du poing sur le bar. « Je t’ai dit qu’on a pas besoin de ton aide ! » Voyant que Gégé le regardait d’un air ahurit, elle se rassit : « Je trouverais un moyen pour obtenir de l’argent. _ Personne n’embauche de prolétaire, votre réputation de voleur et d’assassin ne font pas de vous des gens fréquentables… Pour certaines personnes du moins car, pour ma part, je n’ai jamais connu de gens plus sympathiques que vous en dehors de votre classe sociale. _ C’est gentil, fit Aïsa un léger sourire au coin des lèvres, mais il faut que je trouve de l’argent. Pour payer un médecin. » Azaïga Vishin Immershamn, dite Aïsa, était une jeune fille de 21 ans, aux cheveux bruns mi-longs et aux beaux yeux verts, vivotant au jour le jour dans le quartier numéro 785632 de la basse-ville d’Yria. Comme tous les habitants défavorisés, elle portait de vieux vêtements déchirés, un débardeur blanc et un pantalon de toile en l’occurrence, qui contrastaient singulièrement avec ses bottines de cuir qu’elle était parvenue à dérober dans un riche magasin. Ce qui lui avait valut une course poursuite avec une dizaine de soldats impériaux. « Elle suit un traitement au moins ta mère ? demanda Gégé, prend t-elle quelque chose ? _ Gégé… Si nous n’avons pas les moyens de nous acheter de quoi manger, alors pourquoi aurions-nous des médicaments ? » Le gérant de la taverne sortit une petite bourse de cuir de dessous son tablier et la tendit à la jeune fille. « J’insiste pour que tu prennes cet argent. Tu en as plus besoin que moi. _ Je t’ai dit non. Je ne veux plus emprunter sans rembourser. Déjà Kurt et sa bande me courent après pour que je leur rende les 400 mins qu’ils m’avaient prêté. Et le peu d’argent que j’arrive à obtenir part dans les impôts que l’Empire réclame… Mais où va tout ce fric ? » Gégé haussa les épaules, comme si la réponse était évidente : « Au trésor impérial pardi ! La famille Circé s’enrichit énormément depuis les siècles qu’elle est au pouvoir ! _ Mais à quoi ça sert ? Les Circé ne sont plus que deux : l’empereur et sa fille. Tout l’argent d’Yria la ville-monde pour deux personnes fusent-elles plus importantes que les autres à cause de leurs ancêtres ! Je suis sûre que moi aussi j’ai des racines nobles ! Si ça se trouve, mon arrière-arrière-grand-père était un riche marchand qui a été ruiné à cause de ces impôts infâmes ! _ Ne te fais pas d’illusions Azaïga, même si l’un de tes ancêtres était riche, ce n’est pas ça qui te fera passer de l’autre côté. _ Je le sais bien. La Haute-Yria n’est pas pour nous même si je persiste à croire que toi, tu pourrais y aller. _ Pas folle non ? Je suis bien ici ! Les clients ne sont peut-être pas nombreux mais les affaires marchent bien ! Si je vais dans la Haute, je vais me faire écraser par la concurrence et résultat, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je vais revenir ici sans un sou en poche ! _ Ce qu’il nous faut, c’est une bonne révolte. Nous sommes plus nombreux que quatre fois les riches qui vivent dans la Haute-Yria. Nous les écraserons ! Eux et ces foutus Hauts-Barons qui voient la ville comme une société parfaite ! _ Tu penses comme le vieux Sam, rêveur et philosophe, il parle plus qu’il ne fait ! A rester cloîtré dans sa cave en attendant que ça se passe, ce n’est pas comme ça que les choses changeront ! _ Il rassemble des adeptes, rétorqua Aïsa d’une voix sèche, il ne peux agir seul. _ Ha ! Il ne peux agir du tout ! Je suis navré Azaïga, mais ses partisans ne sont guère plus nombreux que les habitants du quartier Malvis ! Il suffit que l’armée impériale sache où ils se terrent pour que tous soient arrêtés et emprisonnés ! _ Arrêtes de parler comme ça ! Je vais finir par croire que tu es du côté de l’Empire ! Tu ne voudrais quand même pas t’engager dans l’armée impériale des fois ? Mmh ? _ Sam est bien un capitaine de l’armée ! _ Un ancien ! Il a démissionné de son poste suite à toutes les horreurs qu’il a vu ! _ C’est ce qu’il dit ! _ Et bien, explique-moi alors pourquoi il a des agents infiltrés dans l’armée ? S’il était du côté de l’Empire, pourquoi aurait-il fait ça ? En ce qui me concerne, je sors. Bonne journée. » Gégé se renfrogna, visiblement à court d’arguments, tandis qu’Aïsa sortait de la taverne. Dehors, la matinée était bien entamée. Le soleil illuminait la rue pavée bordée de vieux bâtiments de pierre et de bois, qui reflétaient la lumière en lui ajoutant une lueur quelque peu blafarde. Quelques piétons marchaient dans cette rue des quartiers pauvres, baissant la tête comme s’ils voulaient que les groupes de soldats impériaux, tous en armure d’un gris bleuté, ne les remarquent pas. Aïsa renifla un instant l’air humide, puis elle se mit en marche vers la place du marché, qui avait eu lieu un peu plus tôt dans la matinée. Elle croisa quelques sans-abri, dormant à même le sol ou, pour les plus « aisés » d’entre eux, sur une couverture qui se trouvait généralement dans le même état que leurs vêtements, et ne pu s’empêcher de s’imaginer à leur place. « Je ne suis pas si mal tombé ici bas, se dit-elle, j’ai au moins de quoi me payer un toit. » Elle atteignit enfin la place du marché, où elle dénicha rapidement quelques fruits parmi les déchets non encore ramassés. Une légère brise fit virevolter les papiers froissés jetés par les commerçants et l’un d’eux arriva aux pieds d‘Aïsa. Un signe du destin ? Non, car en le dépliant, elle se rendit compte que c’était encore un avis de recherche la prenant pour cible. « Ils croient pouvoir m’avoir avec ça ? ria-t-elle, ils ignorent qu’ici, c’est la loi du silence qui règne ! Nous sommes tous soudés dans l’adversité et personne ne dénoncerait un frère ou une sœur ! » La jeune voleuse trouva une pièce de monnaie par terre, sans doute oubliée là par un quelconque marchand. Un min. Ce n’était rien mais pour une prolétaire affamée qui cherchait désespérément à sauver sa mère, cela pouvait toujours aider. Aïsa s’amusa donc à faire rouler la pièce entre ses doigts fins tandis qu’elle rentrait au foyer des sans-abri, où elle vivait avec sa mère. L’Empire d’Yria éprouvait certes un certain mépris envers les défavorisés qui constituaient tout de même 70% de sa population, mais il n’était pas inhumain. Et pour le prouver, il fit construire de nombreuses bâtisses à travers les quartiers pauvres, où ses habitants pourraient vivre contre une somme misérable. Aïsa faisait partie intégrante de ses « pauvres-riches ». En rentrant, elle s’arrêta devant la boutique d’un prêteur sur gage. Une lueur d’espoir traversa son regard et disparut aussi vite qu’elle était apparut. Elle n’avait rien à prêter à qui que ce soit, ce pourquoi elle poursuivit sa route. Le foyer, modeste baraquement de même style que les bâtiments environnants, abritait plus d’une vingtaine de prolétaires qualifiés chez eux d’aisés. La bâtisse se distinguait des autres maisons par le fait qu’elle était haute de trois étages alors que ces dernières ne dépassaient habituellement pas un étage, et que le sceau de l’Empire, représentant un hexagone au centre duquel se trouvait une tête de chimère, figurait au dessus de la porte d’entrée. Aïsa entra. L’intérieur de l’immeuble était en bois grossier, du sol au plafond, et l’entrée donnait directement sur un large escalier en serpentin. Elle le gravit, et s’arrêta au deuxième étage. Là, elle poussa la vieille porte de bois et entra dans l’unique pièce que constituait sa maison. D’une dizaine de mètres carrés, elle était meublée uniquement par une vieille table qui se distinguait par ses pieds en fer forgé sur laquelle était posée une lampe à huile usée par le temps ainsi que par deux lits de camp. Au fond de la pièce, une étroite fenêtre donnait sur la rue et la faible lumière qui parvenait à la traverser auréolait la femme malade qui gisait sur l’un des deux lits. Floria Banuo Immershamn, mère d’Aïsa, était là, étendue sous la lumière du matin. Son visage fatigué et ses longs cheveux noirs trempés de sueur lui donnaient un air fantomatique, renforcé par le fait qu’on voyait très bien son aspect squelettique malgré les nombreuses couvertures qui la recouvraient, ce qui laissait supposer que sa maladie avait atteint un seuil critique. Sa bouche était cachée par un masque de fortune en carton et ses yeux étaient entourés par des cernes d’un violet profond. Aïsa posa les fruits qu’elle avait trouvé sur la table après quoi elle s’agenouilla auprès de sa mère, ou plutôt de ce qu’elle était devenue : un spectre. On aurait presque pu dire que la peau de son front était devenue transparente. La jeune voleuse prit la main de sa mère et murmura quelque chose dans la pénombre de la chambre. Floria Immershamn ouvrit lentement les yeux, comme si elle craignait que la lumière ne lui les brûle. D’une voix faible, elle dit : « Cesses de prier ma chérie… C’est finit. _ Ne dis pas ça maman. Tu dois t’accrocher et sache que je ne prie pas, mais que je maudis l’Empire qui refuse de soigner ceux qui luttent tous les jours pour survivre. » La mère d’Aïsa toussa bruyamment avant de poursuivre : « Je ne suis plus qu’un fardeau dont tu seras débarrassée une fois que je… Que je serais partie. _ Arrêtes de te blâmer ! Ce n’est pas de ta faute et ça ne l’a jamais été. L’argent manque et sans cela, aucun médecin ne voudra s’occuper de nous. Ils nous regardent comme si nous n’étions pas humains ! _ Tu… Tu crois qu’ils viendraient si nous avions assez d’argent ? » Aïsa chercha désespérément une solution. Où trouver de l’argent dans la basse-ville d’Yria ? Soudain, elle se figea. Une idée folle venait de lui traverser l’esprit. Une idée folle et qui plus est, dangereuse. « Je crois que j’ai trouvé, » fit-elle. Sa mère, prise d’une quinte de toux, parvint néanmoins à articuler : « Tu ne penses tout de même pas à te rendre pour obtenir les 2000 mins que vaux ta tête ? _ Non maman, c’est tout à fait autre chose… _ Je… Je ne veux pas que tu prennes de risques pour moi. Si tu étais arrêtée, je m’en voudrais et je mourrais ici tandis que toi… Tu passerais le restant de ta vie derrière les barreaux d’un pénitencier de la ville. _ Fais moi confiance maman, j’y arriverais. _ Dis-moi seulement ce que tu comptes faire… _ Nan maman, désolé mais je ne peux pas. J’ai posé quelques fruits sur la table, c’est pour toi. Quant à moi, je sors. Reposes-toi bien. » Tandis que sa mère fermait les yeux, aussi bien au sens propre qu’au sens figuré, Aïsa sortit du foyer, saluant au passage l’un de ses autres hôtes. Elle s’assit sur le rebord du trottoir, et regarda au dessus des nuages. Elle distingua nombre de vaisseaux sillonnant le ciel, pour la plupart des aéronefs privées de toutes tailles des gens de la Haute-Yria. « Le vieux Sam pourrait m’aider, se dit-elle, je vais aller lui rendre une petite visite surprise. » Le projet qu’Aïsa avait imaginé quelques instants auparavant pris forme dans sa tête, pendant qu’elle se rendait chez Sam. Alors qu’elle marchait tranquillement, un groupe de soldats impériaux apparut au détour de la rue. Se souvenant qu’elle était recherchée, Aïsa se plaqua contre le mur d’une maison, dans une ruelle proche, en attendant que les guerriers en armure disparaissent. En sortant, la jeune voleuse s’essuya le front. Encore une fois, elle avait échappé à l’Empire, son plus cruel ennemi. Mais combien de temps encore pourra-t-elle survivre ? La maison de Sam n’était plus qu’à deux pâtés de maison, et elle l’atteignit sans encombre. Ce n’étaient qu’une maison en ruines, mais, contrairement aux impériaux, tous savaient que le vieux Sam vivait dans sa cave, protégé par une dizaine de gardes. Aïsa entra en poussant la porte de bois vermoulu et prit la direction de la cave, qu’elle atteignit en passant par les escaliers dont l’accès était caché dans un des placards. Un garde, colosse barbu tout aussi défavorisé que la jeune voleuse, salua Aïsa et se décala pour laisser l’accès à une porte d’acier, derrière laquelle se terrait Sam le sage. Ce dernier, assit dans un fauteuil rocking-chair en bois, tournait le dos à une cheminée dans laquelle crépitait un feu qui illuminait la pièce entière. Une dizaine de clochards vivaient ici, en compagnie des gardes du vieil homme. Celui-ci était d’ailleurs activement recherché par l’Empire et pour cause : il était le chef de la rébellion qui refusait de voir l’empereur comme un être suprême et souhaitait le faire tomber, lui, ainsi que toute la famille impériale et l’Ordre de la Baronnie. Malgré son âge avancé, Sam savait parfaitement se battre. Après plus de vingt ans de service dans l’armée de l’Empire, il le pouvait bien. Il aurait très bien pu passer inaperçus dans la foule des gens défavorisés mais son visage ridé trop bien connu de l’Empire l’aurait vite fait repéré. Et il refusait de raser sa longue barbe blanche et ses cheveux de même couleur pour vivre « normalement ». « Ha ! Aïsa ! s’exclama t-il lorsqu’il vit que la jeune fille s’approchait de lui, que me vaut l’honneur de cette visite ? » La voleuse s’inclina devant le vieil homme, qui lui répondit par un sourire. Tandis qu’il réajustait ses lunettes rectangulaires sur son long nez crochu, la jeune fille lui dit : « J’aurais besoin de ton aide. _ Haha ! Je le sais bien ma petite ! Si tu viens ici, ce n’est pas pour rien ! Combien veux-tu ? _ Je ne veux pas qu’on me prête d’argent, Sam. Je ne veux plus emprunter sans rendre et j’ai une idée pour en obtenir, et à la fois rendre un peu de ce que l’Empire nous a volé aux habitants de la basse-ville. _ Hoho ! Tu voudrais donc faire d’une pierre deux coups si je comprends bien ? _ Tu n’es pas encore gâteux rassures-moi ? _ Ca viendra en temps voulut, mais je l’espère, après que l’Empire soit tombé ! Le pouvoir doit être aux mains du peuple et non pas entre les mains de vautours nageant dans leur propre narcissisme ! Que veux-tu donc faire ? » Aïsa s’assura que personne ne les écoutait puis elle s’approcha du vieux Sam et lui glissa à l’oreille : « Je veux cambrioler le trésor impérial. » Le vieil homme eu un mouvement de recul. Sa stupeur laissa place à la compassion et cela s’entendait dans sa voix : « Tu es bien folle ma petite ! Et tout cela pour ta mère ? C’est un geste d’amour que tu lui fais… _ Que ? Comment es-tu au courant ? _ N’oublies pas que je suis à la fois les oreilles, les yeux, et le cerveau de la basse-ville ! Certains même ont dit que j’étais l’équivalent de l’empereur… Du moins en version sans-le-moindre-sous ! Et en quoi puis-je t’être d’une quelconque utilité ma petite Aïsa ? _ Et bien, si tu avais un plan du palais… Enfin je crois savoir que le trésor est dans une salle souterraine. Alors il faudrait juste que je sache par où passer dans le palais, puis quel itinéraire emprunter dans les sous-sol. _ Bien ! Je crois avoir une carte dans ce fouillis là-bas… » Sam se leva de son siège, effrayant au passage le chat blanc qui dormait à ses pieds. Il s’approcha d’une bibliothèque aussi vieille que lui et, après maintes recherches, en sortit un long rouleau de papyrus. Tout en se rasseyant dans son fauteuil, il le tendit à Aïsa qui le remercia. « C’est l’unique carte du palais de toute la basse-ville ! Prends-en soin. Je l’ai faite moi-même lorsque j’étais garde au palais… Du temps de ma splendeur…Malheureusement, ce n’est qu’un plan grossier de la partie du palais qui donne accès sur les souterrains. _ Tu avais été garde au palais ? s’étonna Aïsa, tu as vu le trésor ? _ J’ai entraperçut la demie ombre de la porte donnant sur le couloir menant à la salle du trésor, pour être précis. Je n’étais pas loin ! Mais ce fut la seule et unique fois que je fus aussi près du trésor. _ Et tu ne m’avais jamais dis ça ! _Et bien, maintenant je te l’ai dit ! Ca n’avais pas d’importance jusqu’à aujourd’hui…Mais oui, j’ai bien approché le trésor de la famille impériale. C’était il y a 18 ans. Tout juste avant la mort de l’impératrice… Haaa… Quelle femme elle avait été ! Toujours prompte à aider ceux dans le besoin. _ Puis tout a changé lorsque son mari s’est octroyé les pleins pouvoirs, finit Aïsa. _ Hélas, et c‘est là que je fus disgracié pour une faute que je n’avais pas commise… Euh… Où en étions-nous déjà ? Ha oui, c’est vrai : le palais ! J’ai un agent infiltré dans l’armée impériale. D’après le dernier message que j’ai reçut de sa part, il semblerait qu’il soit actuellement en service au palais. Tu tombes au bon moment ma petite Aïsa ! _ Parfait ! Mais, comment le reconnaîtrais-je ? _ Excellente question ! Il répond au nom d’Ilas Kanya Sayamaël. C’est un jeune blondin qui devrait avoir le même âge que toi. Plutôt séduisant je le reconnais, dommage que la nature ai décidé que je sois un homme… J’en aurais bien fait mon quatre heure de ce petit là ! Mais trêve de plaisanteries, il devrait patrouiller dans les environs de l’aile ouest du palais. Grâce à lui, en admettant que tu parviennes à la trouver, tu pourrais accéder aux souterrains et donc, au trésor ! » Aïsa accrocha la carte à sa ceinture, d’où pendaient aussi deux dagues acérées, et serra le vieux Sam dans ses bras. « Pas si fort ! s’exclama le vieil homme en riant, tu vas me briser les côtes ! _ Merci mille fois, Sam. Je te revaudrais ça. » La voleuse desserra son étreinte et, alors qu’elle s’apprêtait à quitter la cave rassurante, le sage à la barbe blanche lui lança : « Tu pourrais d’ailleurs me rendre un énorme service en me ramenant un document classé top-secret ! Plus précisément le dossier numéro 456.2 ! Tu le trouveras dans la bibliothèque du trésor. Par ailleurs, le palais n’étant pas la porte d’à côté, tu devras emprunter un téléporteur. _ Ne t‘inquiètes pas. Et je te le ramènerais ton dossier, sans discuter ! » Aïsa disparut dans l’escalier. Sam se tourna dès lors vers un de ses gardes du corps, auquel il dit en ôtant ses lunettes : « Magnifique cette petite ! Elle et l’espoir de notre basse-ville… Et je vais enfin obtenir ce fichu dossier ! » Dehors, le soleil brillait haut dans le ciel débarrassé de ses nuages, et Aïsa se demandait quand elle pourrait enfin passer à l’action. Ses mains serrèrent le manche de ses dagues quand un couple de soldats impériaux passèrent devant elle, et elle baissa la tête pour ne pas se faire reconnaître. Les gardes, qui avaient ôté leur casque, riaient, sans doute à cause d’une blague que venait de raconter l’un d’entre eux. « Ils riront beaucoup moins quand j’aurais accomplit ce que je compte faire, » se dit la jeune voleuse. Elle regarda à nouveau le ciel, puis elle se dit que le crépuscule pourrait être une heure parfaite pour agir, sachant que la relève des soldats au palais était à cette heure. « Et pourquoi pas ce soir ? se demanda t-elle, j’ai déjà assez ruminé ma vengeance et ma mère ne pourra pas tenir éternellement. Le plan est génial, et je ne vois pas pourquoi ça ne fonctionnerait pas. » L’après-midi passa lentement pour Aïsa, beaucoup trop lentement. Et lorsque vint enfin le crépuscule, elle s’approcha d’un téléporteur. Semblable à n’importe quelle cabine téléphonique, un téléporteur n’en était pas moins une machine très sophistiquée. Son mode de fonctionnement restait pourtant des plus simples : entrer une pièce dans le collecteur, et choisir sa destination. Aïsa entra donc dans l’engin, inséra le min qu’elle avait trouvé le matin même, et prononça : palais impérial. Les parois du téléporteur semblèrent fondre, et des couleurs vives vinrent aveugler la jeune voleuse. Tout cela ne dura guère plus que quelques secondes et pourtant, pour Aïsa, cela paraissait durer une éternité. Il y eu un grand « boum » et elle se retrouva dans un téléporteur d’un quartier de la Haute-Yria, seulement équipée d‘un sac à dos, de la carte de Sam, et de ses deux dagues. De nombreuses villas de luxe bordaient la rue déserte, et en regardant au delà des toits, on pouvait voir au loin les immenses buildings du centre d’Yria autour desquels virevoltaient d’innombrables vaisseaux. « Donc il y a de l’activité la nuit et le soir dans le quartier des affaires, mais pas dans les quartiers résidentiels, c‘est bon à savoir, » constata Aïsa. Elle prit la route du palais et n’eu pas à chercher longtemps. Déjà, les maisons se faisaient plus clairsemées. Enfin, elle arriva devant une gigantesque grille de trois mètres de hauteur sur laquelle on pouvait lire la lettre C, pour Circé. Quatre gardes étaient postés devant cette porte d’entrée vers l’immense parc du palais, dont on ne pouvait voir d’ailleurs qu’une vague image à travers les arbres, au loin. Il fut aisé à la jeune voleuse pour contourner le premier obstacle que constituaient les soldats : il lui fallut quelques secondes pour escalader la grille un peu plus loin et débarquer de plein pied dans les jardins impériaux. Se faufilant entre les arbres sensés mettre le palais à l’abri des regards indiscrets, Aïsa arriva parmi les parterres de fleurs typiques des riches bourgades d’Yria. Quelques gardes patrouillaient ici et là et leur petit nombre étonna la voleuse. « Ils ne doivent pas s’attendre à être volés, se dit-elle, ça doit faire un sacré bail que ça ne doit pas être arrivé ! » La lune brillait dans le ciel nocturne, et sa lumière pâle faisait luire les feuilles des buissons d’aubépine constituant les petits labyrinthes du jardin. Le parc était vraiment gigantesque, et le palais n’était qu’une ombre se profilant à l’horizon, derrière le soleil couchant. Plus elle progressait dans ce dédale végétal, plus les soldats impériaux se faisaient nombreux. Armés chacun d’un sabre, d’un fusil et protégé par leur bouclier et leur habituelle armure, Aïsa ne pouvait rien seule contre un groupe de deux ou trois de ces individus. Les arbres cédèrent la place à une vaste allée de gravier, longue de 100 mètres pour une trentaine de largeur. La voleuse se plaqua derrière un vieux mélèze à la vue d’un vaisseau qui s’approchait dangereusement et elle fit bien : l’aéronef atterrit bruyamment dans l’allée qu’elle venait de découvrir. C’était un petit engin de classe M, soit pour les transports impériaux de haute sécurité. « La vache ! pensa Aïsa, qui est là dedans ? » Et elle n’eu pas à attendre longtemps : les portes blindées du vaisseau s’ouvrirent, et une vingtaine de soldats impériaux en sortirent. Tous se placèrent en haie d’honneur puis un autre homme descendit de l’engin. Un homme en armure argentée, au casque représentant la tête d’un ours, une longue cape noir flottant dans son dos et deux épées attachées à sa ceinture. L’une au pommeau représentant la lune, l’autre le soleil. C’était le Haut-Baron Alexander Luxor Bartolli. L’homme se dirigea rapidement vers le palais, escorté par nombre de soldats, suivant l’allée, tandis que le vaisseau redécollait. « Ce chemin conduit donc au palais, conclut Aïsa, mais qui est cet homme ? » La jeune voleuse fila discrètement le Haut-Baron et ses sous-fifres. Elle avait le don de se faire aussi silencieuse qu’une ombre quand la situation l’exigeait et ainsi, de ne jamais se faire remarquer. Le palais n’était plus qu’à une centaine de mètres lorsque, tandis qu’elle se faufilait entre les arbres, un soldat surprit Aïsa. Avant qu’il ai pu faire quoi que ce soit, la jeune fille lui planta ses deux dagues dans le torse, transperçant la lourde armure d’acier. Elle attrapa le corps inerte du soldat et le posa à terre lentement, évitant ainsi d’attirer l’attention par un bruit indiscret. Le palais impérial était un gigantesque bâtiment, au cœur d’un parc égalisant sa démesure. Doté de trois énormes coupoles en pierre d’un blanc nacré, il était l’un des emblèmes de la ville-monde d’Yria. Typiques de l’architecture de l’ancienne ère pseudo-Yrienne, ses piliers de marbre blanc soutenaient d’innombrables balcons et terrasses privées et les ailes est et ouest, partant sur les côté de la façade principale, lui donnait l‘aspect d‘un temple. Bâtit lors du coup d’État qui avait permit à la famille Circé de prendre le pouvoir, il fut érigé en mémoire du Seigneur Yriusmin, qui fonda la ville quatre millénaires auparavant. Ses innombrables pièces permettaient à la famille impériale de loger la totalité de ses ministres, les Hauts-Barons, et les salons d’une splendeur égale à leur luxure accueillait régulièrement des centaines de convives venus des quatre coins d’Yria. Mais il y avait aussi la célèbre salle du conseil de la Haute-Yria, où avaient lieu les réunions de l’Ordre de la Baronnie, présidée par l’empereur Ian Uris Circé. Le palais était véritablement un colosse d’une beauté inégalable inspirant le respect à quiconque posait les yeux sur lui, mais Aïsa ne pensait qu’à une chose : le trésor qui y dormait. Le Haut-Baron Bartolli arriva enfin à l’entrée du palais, ignorant qu’une prolétaire plus audacieuse que ses congénères l’épiait de loin. La lourde et gigantesque porte d’entrée était en bois précieux, en partie plaquée de fines feuilles d’or. Au dessus, gravé dans le marbre, on pouvait lire la devise de l’Empire : « Un empire fondé sur les armes sera soutenu par les armes. Les empires du futur seront spirituels. » Les deux lourds panneaux de la porte d’entrée s’écartèrent lentement dans un bruit sourd et le Haut-Baron entra, suivit des soldats. « C’est le moment ou jamais, » se dit Aïsa. Il lui sembla quel le soldat qu’elle venait de terrasser lui jetait un regard torve tandis qu’elle s’avançait vers l’entrée du palais, sortant de sa cachette derrière les arbres. Elle prenait d’énormes risques en se débusquant à cet instant, car si elle entrait trop tôt dans la demeure impériale, elle se ferait remarquer par une horde de gardes. D’un autre côté, si elle sortait trop tard, les portes risqueraient de se refermer et tout son plan tomberait à l’eau. De plus, les soldats patrouillant dans les environs la repèreraient aisément étant donné qu’elle serait dès lors à découvert. Mais la jeune voleuse calcula juste : elle entra dans le palais au moment où les lourds battant de la gigantesque porte se refermaient. Évitant de se faire remarquer, qui plus est par un Haut-Baron, Aïsa se jeta derrière l’une des statues meublant le hall d’entrée. Elle en profita alors pour attendre que le Haut-Baron Bartolli et sa suite disparaissent en haut du grand escalier. Magnifique pièce d’une centaine de mètres carrés, le hall du palais d’Yria était encore plus luxueux qu’elle n’avait pu l’imaginer : les murs étaient couverts de draperies soyeuses, le sol était en un marbre rose des plus beaux, et le grand escalier, au centre de la pièce, était en acajou massif, les marches étant recouvertes d’un tapis rouge et or. Les couleurs des armoiries d’Yria. Derrière, d’énormes fenêtres et vitraux permettaient à la lumière du jour d’illuminer le hall de mille feux. Mais la nuit étant tombée, Aïsa ne pu en profiter. Cette dernière sortit de derrière la statue, représentant par ailleurs l’empereur, et décrocha la carte du vieux Sam de sa ceinture. Elle la déplia et mémorisa l’itinéraire le plus court pour accéder à l’aile ouest, où elle devrait trouver l’agent nommé Ilas Sayamaël. Ce fut plus aisé que ne le crut Aïsa. Sans aucun doute habitués à ne pas recevoir de visiteurs indésirables, les soldats qui faisaient leur ronde avaient l’air d’être de véritables automates programmés pour marcher, et examiner les moindres recoins du palais. « Merde ! se dit-elle, comment je vais le reconnaître s’il n’enlève pas son casque ? » L’aile ouest où la voleuse se trouvait abritait la collection d’armes et armure de la famille impériale ainsi que d’innombrables bijoux protégés derrière des vitrines. Un véritable musée. Aïsa se cacha derrière l’une des vitrines, s’accroupissant pour ne pas que le soldat qui approchait, sabre en main, ne la repère. Le garde passa à côté d’elle sans la voir. Du moins, c’est ce qu’elle crut, car l’homme était en réalité derrière elle. Ses réflexes firent qu’Aïsa bondit sur le soldat, dagues en main. Mais l’autre esquiva l’attaque et la voleuse ne rencontra rien d’autre que le sol froid de la pièce. Le soldat ria puis ôta son casque : « Tu es bien fougueuse ! Sam m’avait prévenu mais tu es encore plus vive qu’une flamme ! » Ilas Sayamaël, car c’était bien lui, tendit une main amicale à Aïsa et l’aida à se relever. Il était exactement comme l’avait décrit le vieux Sam : un grand blond, séduisant, aux yeux d’un bleu profond. Malgré son armure, on pouvait voir qu’il avait un véritable corps d’athlète. « Tu dois être Ilas Sayamaël, fit Aïsa en remerciant ce dernier. _ Et toi tu dois être la fameuse Azaïga ! Ou plutôt, Aïsa. Sam m’a beaucoup parlé de toi. Déjà, la première impression que tu m’as donné de toi fait honneur à ta réputation ! _ Tu parles d’un réputation, dit la voleuse en rengainant ses dagues et en rangeant la carte du palais, un simple voleur ne ferait pas mieux… _ Détrompes-toi ! Je préfèrerais être à ta place plutôt que de bosser ici une seconde de… » Des bruits de pas métalliques interrompirent Ilas. Des soldats, intrigués par le vacarme produit par Aïsa lors de sa rencontre avec l’espion, arrivaient. Ce dernier remit son casque sur sa tête et dit à la voleuse, à voix basse : « Planques-toi ! Là, derrière cette armoire ! » Aïsa obéit, et observa son nouvel allié à l’œuvre. « Que se passe-t-il ici ? demanda un soldat d’un ton autoritaire, sans doute un gradé. _ Rien, répondit Ilas, absolument rien, capitaine. Que voulez-vous qu’il se passe dans un endroit aussi bien gardé qu’ici ? » Les gardes qui accompagnaient le capitaine pouffèrent dans leur coin. « Mouais… Bon…Vous irez dans l’aile nord lorsque vous aurez terminé votre ronde ici, » ordonna le capitaine dépité. Aïsa attendit que les soldats disparaissent par la porte d’en face pour sortir de sa cachette. « C’est moi ou bien ces soldats sont complètement cons ? ria-t-elle toujours à voix basse. _ Je dirais la deuxième proposition, répondit Ilas, mais j’ai eu de la chance de ne pas tomber sur le colonel. Il est plus futé que cet abruti de capitaine auquel je viens juste d’avoir à faire ! » L’agent de Sam leva les yeux au plafond, avant de les poser sur Aïsa. « On m’a dit que tu souhaites te rendre dans les sous-sol. _ Exact. _ Et ce pour voler le trésor impérial. Je me trompe ? _ Seulement une partie, fit la voleuse, je veux juste prendre ce qui me reviens de droit… Mais au moins de quoi payer un médecin. _ N’en dis pas plus ! Un membre de ta famille est malade, n’est-ce pas ? _ La seule famille que j’ai… _ Ha je comprends. Soit. Tant qu’à voler l’Empire, autant en prendre le plus possible non ? Pourquoi se limiter à quelques mins ? » Aïsa haussa les épaules. « Bah ! s’exclama Ilas, on verra ça une fois là-bas. Allez, évitons de traîner dans le coin. Il paraît que la fille de l’empereur souffre d’insomnies et je pense qu’il ne vaudrait mieux ne pas lui tomber dessus ! » La voleuse emboîta donc le pas à l’espion, en direction de l’entrée des souterrains. Et ils n’eurent pas à chercher longtemps, une dizaine de minutes leur fut nécessaire pour le trouver. C’était un escalier secret, caché derrière une porte qui, une fois fermée, ressemblait à n’importe quel pan de mur. « Voilà c’est ici, fit Ilas, as-tu assez de cran pour y descendre seule ou bien dois-je t’accompagner ? Ne me dis pas que tu fais partie de ces donzelles qui pleurent comme des bébés dès qu’elle ont la trouille ! _ T’inquiètes pas pour ça, je me débrouillerais très bien. Sam m’a donné de quoi m’aider. _ Tu parles de ça ? demanda Ilas en pointant la carte du doigt, j’espère que ce que tu dis est vrai ! C’est un vrai labyrinthe là dessous ! Enfin bon, fais comme tu le sens ! Bon courage ! _ Merci Ilas, et à la revoyure ! » Aïsa quitta l’agent et s’enfonça dans les profondeurs des souterrains du palais d’Yria sans plus attendre. L’escalier de pierre menait à une gigantesque salle circulaire, d’où partaient une vingtaine de couloirs seulement illuminés par quelques torches accrochées aux murs humides couverts de mousse. Elle déplia la carte que lui avait donné Sam, puis examina le chemin à prendre. L’obscurité de la salle lui donnait un avantage : elle n’avait plus besoin de se cacher lorsqu’un soldat passait par là. D’ailleurs, elle s’amusait à les suivre puis, lorsque l’occasion se présentait, elle les assommait d’un coup de poing bien placé. Les minutes s’écoulaient comme l’eau suintait des murs et pourtant, Aïsa ne trouvait pas la salle du trésor comme indiqué sur la carte de Sam. « C’est à n’y rien comprendre, pensa t-elle, je suis le chemin indiqué et pourtant j’ai l’impression de tourner en rond… » Elle continua d’avancer tout de même et ce fut là, au centre d’une énième salle, qu’elle comprit : cinq mages impériaux se tenaient en cercle, main dans la main, et invoquaient des formules incompréhensibles. Ils étaient tous vêtus d’une longue toge argentée, couverte par endroits par de fines plaques d’acier et avaient pour seule arme un bâton. Une sorte d’énergie se dégageait de cette ronde de magicien et se dissipait dans l’air des catacombes. « Ces enfoirés créent des illusions pour empêcher les intrus d’accéder au trésor ! Ha c’était bien pensé mais je vais arrêter ça ! » Aïsa bondit et se jeta sur les mages qui, pris par surprise, ne purent que se figer de stupeur. Elle les poignarda comme jamais elle ne l’avait fait et, en moins de deux minutes, tous se retrouvèrent à terre, dans des flaques de sang. C’était beaucoup trop facile, et la vraie difficulté se présenta lorsqu’une vingtaine de soldats, alertés par les cris des magiciens, débarquèrent, fusil et sabre en main. La voleuse ne pu que fuir tandis que l’un des gardes donnait l’alerte. Une alarme assourdissante vint bientôt faire bourdonner les oreilles d’Aïsa, en même temps qu’une vive lumière rouge perçait l’obscurité. Malgré tout, la prolétaire parvenait à s’orienter grâce à la carte du vieux Sam et, alors qu’elle venait de semer ses poursuivants, elle se retrouva devant une grande porte de pierre sur laquelle serpentaient des serpents gravés, gardiens immortels de l’emblème de l’Empire, usé par le temps. « C’est quoi ça ? se demanda Aïsa, le trésor devrait être derrière cette porte. » Des bruits de pas provenant d’un couloir proche affolèrent la jeune fille. Elle frappa la porte du poing en maudissant Sam de ne pas lui avoir dit que les richesses du palais étaient gardées par une porte à déclenchement magique. Des voix se faisant de plus en plus proches la contraignent à se cacher dans une anfractuosité d’un des murs. Et elle fit bien, car le Haut-Baron Bartolli arrivait avec sa suite, précédé par un mage impérial. Ce dernier se plaça juste devant la porte, tandis que le Haut-Baron restait derrière, à l’écart. Il saisit son bâton et, après avoir récité une formule étrange, toucha la porte du bout des doigts. Aussitôt, les serpents qui gardaient le blason impérial s’écartèrent, laissant le sigle s’illuminer de lui-même. Après quoi le lourd panneau de pierre disparut en se glissant dans un mur. Immédiatement après, le Haut-Baron et ses soldats entrèrent, Aïsa en profita pour faire de même discrètement. Se plaquant le long des murs à moins de cinq mètres des gardes, elle parvint néanmoins à passer puis à se cacher derrière un des innombrables coffres de la salle du trésor. Elle était là pour voler, les impériaux étaient là pour visiblement voir si cela n’était pas déjà fait. La pièce était gigantesque. Le plafond en forme de dôme atteignait une trentaine de mètres de hauteur et le sol disparaissait entièrement sous des monticules de pièces d’or, de bijoux et autres objets de grande valeur. Seules quelques étroites allées permettaient de circuler dans ce dédale. De véritables dunes d’or et d’argent s’étendaient à perte de vue, un véritable désert scintillant. Mais ce n’était pas ce qui préoccupait le plus le Haut-Baron Bartolli, qui se dirigeait, nerveux, vers une armoire d’ébène et d’or un peu plus loin, entre deux râteliers d’armes. Sous le regard intrigué d’Aïsa, il l’ouvrit à l’aide d’une petite clé en argent. Elle ne vit pas ce qui se trouvait à l’intérieur, mais elle se douta que cela devait être d’une importance capitale. Le Haut-Baron déclara à ses soldats d‘une voix tonnante derrière son casque à visage d‘ours, en ayant prit soin de refermer l’armoire : « Tout est là, bloquez les issues et trouvez l’intrus et ramenez-le moi. Il ne peut pas s’échapper ! » Les impériaux se précipitèrent au dehors, où l’alarme sonnait encore. La porte se referma et Aïsa se retrouva donc seule au milieu de milliards de mins à portée de main. « Bon ben ça c’est fait, dit-elle, c’était plus facile que je ne l’avais espéré ! » Elle remplit son sac à dos et ses poches avec tout ce qui lui passait sous la main, aussi bien avec des pièces sonnantes et trébuchantes qu’avec des coupes en or, statuettes en marbre rose, parures de diamants et autres bijoux. Elle se souvint que le vieux Sam souhaitait qu’elle lui ramène un dossier. Sans aucun doute de la paperasse qui lui permettrait de frapper l’Empire un bon coup. « Ca doit être là dedans, » pensa la voleuse en s’approchant de l’armoire de bois précieux qu’avait ouvert le Haut-Baron précédemment. Malheureusement, le meuble refusait de s’ouvrir. « Ce serait dommage d’abîmer un si joli placard, ria Aïsa, mais là… » Elle saisit une masse d’arme accrochée au râtelier de droite et frappa un grand coup dans l’armoire, engendrant un gros trou dans le panneau d’ébène. Puis elle passa la main à l’intérieur et c’est seulement après en avoir sortit une vingtaine de documents qu’elle trouva le dossier numéro 456.2. Ce n’était rien de plus qu’une chemise cartonnée couleur ocre, sur laquelle figurait l’emblème de l’Empire sous les mots « TOP-SECRET » écrits en gros caractères argentés, et contenant visiblement une dizaine de feuilles de papier. « On verra ça plus tard, se dit la voleuse en fourrant la chemise dans son sac, pour l’instant, je dois trouver un moyen de sortir d’ici… » La porte aux serpents était fermée et ne s’ouvrait apparemment que sur ordre d’un mage impérial. Elle ne pouvait donc pas sortir par ici d’elle-même. Des bruits étouffés à l’extérieur signifiaient que des soldats arrivaient. En effet, tandis qu’Aïsa se cachait à nouveau derrière un coffre près de la porte, une poignée de gardes ainsi qu’un mage déboulaient dans la salle. « Pourquoi nous avoir fait venir ici, demanda l’un d’eux à un autre, il n’y a rien ! » Profitant de la légère confusion qui troublait les soldats, Aïsa surgit de sa cachette, poignardant au passage deux hommes proches, et se jeta sur le mage qui para l’attaque de son bâton. La voleuse se releva d’un puissant coup de reins et, malgré l’agilité de son adversaire, parvint à le désarmer et à l’éliminer. Mais les autres soldats se précipitaient déjà sur elle. C’était un combat inégal, les impériaux étaient en surnombre et Aïsa avait du mal à se battre. Un puissant coup de sabre l’obligea à reculer, ce qui la fit tomber à la renverse sur un tas de pièces d’or. Alors que le soldat allait l’achever, un grand « cr 0/10 sur 0 vote